Sport et Spectacle (1)*

Vous connaissez ma passion pour les matchs de ballon (non ? ben c’est fait maintenant), j’adore tellement ça que j’y vais très peu par peur de l’abus, de la dose létale, de l’addiction frénétique. Finir mes jours en bavant, merci bien ! J’en ai vu des gens comme ça. Pas beaux à voir. Ce voyage outre Atlantique était donc l’occasion de prendre une grosse dose, et je n’ai pas été déçu.

Je dois reconnaître aux américains un sens du spectacle hors du commun, et je ne vous parle pas d’Hollywood mais d’un simple match de basket. Les gradins étaient combles, plus un siège de libre et plein de gens assis par terre pour voir ce match entre deux équipes dont je n’arrive pas à retrouver le nom, mais des équipes super connues et tout, vous pouvez me faire confiance. C’était à Boston ! Je suppose donc que l’une des deux était l’équipe de Boston. Elle était toute verte en tout cas et l’autre en blanc. J’étais arrivé la veille et jusque là le FBI et la CIA m’avaient laissé une paix royale dont je profitais un max. Un brin de déception toutefois car je n’avais vu aucune poursuite entre voitures de police et malfrats russo-colombiens, Godzilla était resté couché dans sa tanière, et impossible de trouver un bar où les filles dansent Toutes-Nues-Avec-Juste-Un-String en s’accrochant à des barres d’acier inoxydable (il faut ça à cause de la sueur des mains, sinon tout rouille et c’est nettement moins joli).

Bref ! La rencontre avait commencée après tout un cinéma pas possible qu’on ne s’attend pas à voir dans un gymnase sérieux. Enfin ! Ils font bien ce qu’ils veulent, après tout c’est de l’argent privé.

Re-bref ! L’équipe verte n’était pas à la noce et se tapait la honte vu qu’elle jouait à domicile et les spectateurs américains du nord n’aiment pas les perdants aussi se lèvent-ils et rentrent-ils chez eux quand ils voient leur équipe se faire ratatiner, c’est une attitude que nous français, nous réprouvons. Nous, nous ne partons pas quand notre équipe est en train de perde on fait beaucoup plus simple et radicale : on ne va pas au match. On compte autant de spectateurs en France pour une finale internationale que pour une rencontre de benjamins aux Etats-Unis, on peut bien les laisser se barrer avant la fin sans la ramener, pour une fois.

Mais là, les partants ont eu tord. Tout allait mal, pour Boston, c’était fort Alamo et Pearl Harbor réunis, la catastrophe n’était pas loin. Quand soudain :

- Tobby ! Where are you Tobby ? Come back !… Tooobbyyy !

Une gamine en chemise de nuit s’est pointée sur le terrain en plein sur la raquette carrée, l’air hagard, le teint have, ses petits bras tout couverts de chair de poule. Les joueurs arrêtent aussitôt de jouer et s’approchent de la môme :

- Ké ski s’passe, la gosse ? Demande un grand gaillard en vert ! Ki cé Tobby ?

- Mon chien ! Mon chien Tobby ! Il a disparu ! Tooobbyyy !

En France on aurait demandé aux gendarmes de foutre de la gosse à l’asile, point barre ! Ou au moins les parents. Mais là, les joueurs se sont tous regardés, ceux de Boston, et ont dit :

- Alors là ! (Ils l’ont dit en anglais bien sûr, c’est par égard que je traduis et pas pour dénaturer l’esprit de l’auteur) Alors là ! On est vraiment on the shit ! Fuck and re-fuck ! (Là, je préfère ne pas traduire, il y avait une gosse tout de même).

- Pourquoi tu dis ça, man ? On l’est pas plus que tout à l’heure !

- Pas plus que tout à l’heure ? Va jouer en Europe ! Ici quand une catastrophe est toute proche, il y a toujours… Et je dis bien TOUJOURS, une gamine qui cherche son con de clébard qui vient juste de foutre le camp alors qu’avant il était vachement obéissant et tout. C’était quoi comme chien, la môme ?

- Un cocker ! Tobby ! Reviens, Tobby ! Où es-tu ? Tooobbyyy !

- Un cocker ? Tous les joueurs sont paniqués.

- Fuckamba ! Renchérit le porte-serviette mexicain.

- Alors là ! On est vraiment dans la merde ! C’est vachement mignon, un cocker !

C’est l’entraîneur de l’équipe verte qui s’inquiète. Il est venu rejoindre ses joueurs et les coache avec maîtrise :

- Toi, trouve un os… et un gros ! Toi, tu lâches pas le grand en blanc, là-bas : il a une tête à piquer les cockers. Toi et toi vous faites les vestiaires. Moi j’appelle Mulder et la grosse qui va avec, on sait jamais. Allez, les men ! On se bouge ! On est quoi ?

- Des Winers ! Ouba, ouba !

Et voilà toute l’équipe majeure qui se met à chercher le clébard  en criant « Tobby ! Tobby ! » à tout bout de champ. Et tout le public se tait ! Un silence de cathédrale ! Où est passé Tobby ? Tout le monde sait que si on ne retrouve pas le chien, Boston est foutu.

De toute façon Boston est fichu ! La catastrophe est certaine ! Alors qu’au moins on retrouve le chien, pour que la pilule soit moins dure à avaler. On pourra toujours se dire qu’une pauvre gosse a retrouvé son chien qui a bien failli être boulotté par les intégristes musulmans. On ne peut pas laisser faire ça au cocker d’une pauvre gosse. Surtout si elle est blonde.

Dieu merci on a retrouvé Tobby et Boston a perdu soulagé… Mais on ne m’ôtera pas un certain doute sur l’honnêteté  de ces méthodes.

Du spectacle d’accord… mais bon…

 

*Cet article est paru dans le numéro du 18 juin 2009 de BasketNews



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